Bienvenue !

"Vous entrez en territoire zapatiste, ici les citoyens commandent et les gouvernements obéissent."

Un peu de musique de la compagnie jolie môme.

 

 

 

  

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Jeudi 14 décembre 2006
L'"hymne" des barricades d'Oaxaca, "Son de la barricada".

La chanson :

http://kehuelga.org/oaxaca/sondelasbarricadas.mp3

Les paroles :

http://kehuelga.org/oaxaca/sondelasbarricadas.html

Merci à la Ké Huelga Radio !
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Jeudi 14 décembre 2006
Bien le bonjour,

Aujourd’hui, dimanche 10 décembre, nous nous préparons pour la
manifestation qui doit partir de la statue de Benito Juarez, à l’entrée
de
la ville. Je n’irai pas, je me suis trop fait remarquer ces derniers
temps, certes, je ne risque pas mes doigts dans l’affaire, les doigts
tordus et cassés, les violences à caractère sexuel exercées sur les
femmes
et les hommes ont été des formes de torture couramment pratiquées ces
derniers temps sur les prisonnières et prisonniers de l’APPO pour leur
faire avouer des actes, comme les incendies d’immeubles, commis par ces
mêmes tortionnaires... non, je risque seulement de regagner un peu trop
vite à mon goût la trop douce et tranquille Europe. Cette différence de
traitement, qui me serait en quelque sorte réservée, m’isole un peu de
mes
amis ; dans la confrontation, dans la bagarre, les risques sont
partagés,
mais c’est après que les frontières s’élèvent pour nous séparer. Le
totalitarisme nous touche tous et nous plie sous son joug, nous nous
sentons solidaires des luttes pour la reconquête de notre dignité ; une
des principales fonctions de ces figures de l’Etat totalitaire que sont
les Etats nationaux est bien d’isoler et de contenir dans les limites
des
frontières nationales l’insurrection des peuples.

Les filles et M. se préparent pour se rendre à cette marche, c’est la
grande rigolade dans ces dernières minutes consacrées aux essais de
déguisements afin d’échapper à l’œil inquisitorial des caméras,
certains
accoutrements sont particulièrement réussis et nous nous esclaffons de
bon
cœur. Ce sera l’occasion de retrouver les amis, de renouer avec tous
ceux
qui ont échappé au piège mortel tendu par le gouvernement, d’armer à
nouveau les solidarités nationales et internationales autour de la
Commune
d’Oaxaca.

Retour de manif : du monde, manifestation imposante mais tout de même
moins importante que celle du 25 novembre, plutôt des gens de la ville,
los valientes, les Indiens, ne sont pas descendus en nombre de la
montagne, mais les Zapotèques, les Triquis, les Mazatèques, les Mixes,
les
Chinantèques, les Mixtèques étaient bien présents, les personnes
"activement recherchées" ne sont pas venues, les jeunes libertaires
particulièrement persécutés ne s’y sont pas risqués, quelques "chavos",
cependant, faisaient discrètement des bombages sur les murs, mais rien
à
voir avec les autres manifs ; les familles des prisonniers ouvraient la
marche, on remarquait surtout la présence des leaders du PRD et du
Frente
Amplio Progresista, ce sont eux qui vont se montrer les plus éloquents
lors du meeting de clôture qui s’est tenu sur la place de la danza avec
le
discours de la pasionaria et "sénatrice" Rosario Ibarra de Piedra, qui
nous assurait du soutien de Lopez Obrador, le président qui s’est
autoproclamé Président légitime du Mexique. Une marche bien trop sage
face
à l’ampleur de la persécution, une façon de dire "nous sommes toujours
là", rien de plus, l’éloquence n’était pas de mise, elle a été laissée
aux
politiques. Les filles ont pu rencontrer quelques amis, qui tiennent le
coup malgré l’énorme pression qu’ils subissent. Les habitants des
quartiers et des colonies ne cachent pas leur inquiétude, c’est que la
gente du PRI a désormais tout le loisir d’organiser la chasse à
l’homme,
silencieuse, furtive, un coup de feu dans la nuit, une voiture qui
démarre
sur les chapeaux de roue…

L’une des nôtres a ensuite assisté avec les maîtres indigènes à une
réunion au sujet des prisonniers et prisonnières du Cefereso (Centre
fédéral de réadaptation social) el Rincón de Nayarit. Celle qui parlait
a
pu s’entretenir avec 17 des 34 femmes et quelques hommes. Ces femmes
ont
été frappées au moment de leur détention puis quand elles ont été
emmenées
dans les prisons d’Oaxaca et au cours de leur transfert en hélicoptère
à
Nayarit, elles avaient les yeux bandés et ont été menacées d’être
violées
et jetées dans le vide. Ce ne fut que le mercredi 28, trois jours après
leur détention, qu’elles ont su qu’elles se trouvaient à Nayarit, elles
n’avaient aucune idée où elles étaient après ce rapt de la part des
autorités. Elles sont deux par cellule (les hommes sont trois par box
et
seront observés toute la journée pendant plus d’un mois avant que l’on
décide de leur sort en fonction de leur personnalité) et n’ont pas la
possibilité de communiquer avec les autres détenues. Les hommes furent
aussi torturés et se trouvent dans une autre section de la prison. On
sait
maintenant que bien des prisonniers et prisonnières appartiennent à la
même famille, il y a ici l’épouse, la sœur, la fille ou la cousine,
mais
ils n’ont aucune possibilité de communiquer entre eux. Ils sont
considérés
comme des prisonniers de "alta peligrosidad" (de haute dangerosité) et
la
prison d’El Rincón est, dit-on, parmi les plus dures du Mexique. Les
prisonniers se déplacent à l’intérieur de la prison, menottés, la tête
baissée, les yeux rivés au sol, ils ne peuvent se parler, même dans
leur
box. Les femmes comme les hommes ont eu les cheveux coupés, petite
humiliation ajoutée à toutes les autres, il faut dire que cette prison
est
une prison d’hommes et que les femmes ne devraient pas s’y trouver. Les
visites sont strictes, nous entrons dans un univers kafkaïen, ce ne fut
que le 3 décembre que les parents purent voir leurs proches, à
condition,
évidemment, d’avoir fourni tous les papiers exigés. Pourtant trois
hommes
jeunes ont été libérés très rapidement, sans autre forme de procès, les
incendiaires d’Ulises Ruiz pris malencontreusement dans les filets ?

Quand les autorités ont décidé de transférer les prisonniers à Nayarit,
elles ont parfaitement mesuré les impacts sociaux que cela allait
avoir.
Les gens pour se trouver près des leurs et les accompagner durant leur
détention vont abandonner leur travail, immigrer dans le Nord, tenter
d’y
survivre. Pour leur premier voyage certains se sont endettés, d’autres
ont
été aidés par leurs voisins, qui se sont cotisés pour payer le billet
de
car ; il y a des époux, des épouses, des mères, prêts à tout quitter
pour
se rapprocher des êtres qui leur sont chers. Les autorités avaient très
bien évalué les conséquences sociales de cette déportation, le
déchirement
qu’elle signifiait pour de nombreuses familles. Dans leur acharnement à
dévaster la vie des gens, elles ont oublié, ces autorités, une
répercussion possible de leur mesure infâme : alors qu’elles
prétendaient
désarticuler la mobilisation, elles sont en train de l’étendre dans
tout
le pays. Le gouverneur de Nayarit commence à faire la gueule, c’est que
les familles manifestent dans la ville et expliquent aux gens leur
situation. Cette décision de transfert est parfaitement arbitraire
comme
vous pouvez vous en douter, mais Ulises Ruiz, le petit roi soleil
d’Oaxaca, a du monde derrière lui via les sectes évangélistes et la
CIA,
toute la puissante Amérique du Nord ; soutenu par la clique de Bush, il
reste le satrape des lieux.

Tout ce qu’a tenté l’Etat a eu jusqu’à présent un effet de retour,
quand
il a cherché à réprimer la grève des instits le 14 juin, est apparue
l’Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca ; quand il a essayé
d’intimider
la population avec les escadrons de la mort, sont apparues les
barricades.
Il arrête les "dirigeants" les plus en vue comme Flavio Sosa et c’est
la
base la plus déterminée ou la plus radicale qui se construit et se
renforce dans une semi-clandestinité. Les partisans de Lopez Obrador,
le
PRD et toute la gauche molle tentent de récupérer le mouvement social,
certains conseillers qui font partie de la direction collective de
l’APPO,
maintenant hors contrôle de l’Assemblée, font et disent n’importe quoi,
il
s’agit de sauter sur l’occasion, le dragon est blessé, sinon à
l’agonie,
pensent-ils, ils ne voient pas dans leur empressement à vendre la peau
du
dragon que le dragon est ailleurs, qu’il a mué et qu’il leur a laissé
une
enveloppe vide. Serait-il devenu zapatiste ?

Dans ma dernière lettre, je vous avais rapporté la réflexion de Carlos
Fazio selon laquelle la classe au pouvoir impose à l’Etat une double
manière d’agir : une, publique et soumise aux lois, l’autre,
clandestine
appliquant une "terreur bénigne" en marge de toute égalité
formelle. Nous
devons pousser un peu plus loin le raisonnement. Nous avons pu nous
rendre
compte au cours de tous ces événements que l’Etat organisait une
véritable
mise en scène du conflit ; face à un mouvement social qui avait des
revendications précises à faire valoir, l’Etat a répondu par une mise
en
spectacle d’un affrontement tragique, mise en spectacle qui avait
évidemment des conséquences terribles pour les gens (nous en sommes
sans
doute à plus de vingt morts, tous du côté de l’APPO). L’Etat traduisait
un
mouvement social complexe en scènes de violence, en images chocs. Le
message est clair : tout mouvement social engendre la terreur, et il
s’adresse à la partie molle et soumise, à la partie décomposée de la
société. L’Etat joue sur deux tableaux à la fois : d’un côté, il est
celui
qui organise le spectacle de la violence et à cette fin il doit, d’une
façon plus ou moins clandestine, user de moyens terroristes ; de
l’autre,
il se présente comme celui qui met fin à la violence par l’exercice
d’une
terreur légitime. La terreur de l’Etat est présentée comme légitime
parce
qu’elle met fin à une violence sociale, dont l’Etat avait au préalable
organisé la représentation. Où est le droit ? Il n’y a pas de droit
dans
cette affaire ou seulement comme justification du terrorisme d’Etat par
la
mise en scène d’une paix sociale rompue par les insurgés.

Nous devons reconnaître que l’Etat Janus a joué sa partition avec un
certain brio : la tâche d’organiser le spectacle de la violence par des
moyens terroristes est revenue à Ulises Ruiz et à ses hommes de main,
en
l’occurrence la police de l’Etat d’Oaxaca, ou police ministérielle,
habillée en civil (le vêtement civil représentant le côté clandestin de
la
police, l’uniforme son côté public), ce sont eux qui ont constitué les
escadrons de la mort, qui ont assassiné en toute impunité et mis le feu
à
certains bâtiments publics ou autres au cours de l’opération du 25
novembre dite "opération Hierro" ; la tâche de mettre un terme à la
violence en faisant usage d’une terreur légitime, après la mise en
scène
du dialogue et du droit, revenait au ministre de l’Intérieur du
gouvernement fédéral, avec l’aide de la Police fédérale préventive, en
uniforme cette fois-ci. L’Etat Janus, emporté par son élan et la
facilité
avec laquelle il a pu mettre en place sa stratégie, nous a offert un
dernier spectacle avec une mise en scène grandiose, celui du glaive de
la
justice impartiale à l’œuvre : à quatre heure dans l’après-midi, sous
l’œil des caméras de la télévision convoquée pour la circonstance, la
Police fédérale préventive sur son quarante et un, aidée par l’armée
(voyez du peu !) a fait une descente dans l’antre des paramilitaires
(de
la police ministérielle) ; à cette heure-là, il n’y a plus personne,
elle
a pu tout de même mettre la main sur quatre pelés, qu’elle s’est
empressée
de libérer deux jours plus tard quand les caméras n’étaient plus là ;
la
perquisition, nous dit-on, a duré deux heures, elle a passé au crible
les
voitures volées, dont se servent les paramilitaires pour leur
opérations
meurtrières, et elle a emporté les quelques armes qu’elle a trouvées
sur
place pour les analyser. L’Etat metteur en scène a peut-être été un peu
trop loin cette fois-ci ; en tout cas, à Oaxaca, tout le monde en rit
encore.

Oaxaca, le 11 décembre 2006.

George
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Jeudi 14 décembre 2006

Chers commandants de l'A.Z.L.O.B,

 

 

 

Après Sidaction et Téléthon le moment est venu pour nous d’alerter le monde contre un fléau honteusement ignoré : la Médiadépendance. Un mal que les médias passent sous silence car c’est le mal des médias.

 

 

La Médiadépendance est une addiction en tout points comparable aux autres formes de toxicomanie, le produit stupéfiant étant les médias, comme substance capable de modifier l’état de conscience.  Le sujet atteint de Médiadépendance ressent de façon chronique, l’irrépressible besoin d’absorber une dose de média ; télévision, radio, presse ou internet.

 

Cette addiction affecte deux groupes distincts. D’une part les consommateurs de média, d’autres part les acteurs des medias. 

 

L’addiction des consommateurs de média est connue. L’ingestion des substances se fait de la naissance à la mort, plusieurs heures par jour par les oreilles et les yeux, entraînant l’hébétude, l’impuissance et le consentement à l’ordre dominant. Mais c’est surtout la soumission au viol publicitaire qui caractérise cette forme de toxicomanie. En effet, si le port du voile à l’école fait débat comme symbole agressant la liberté de conscience, en revanche le viol des foules par la publicité jusqu’au plus intime de la vie, ne pose guère de problème particulier. C’est là, parmi d’autres, un exemple de l’emprise des grands médiatrafiquants.

 

 Il faut un accident (grève, tsunami, changement de grille) pour que le manque soit subitement ressenti, parfois de façon violente. Des cures de messages publicitaires sont alors prescrites, assorties de quelques émissions en injection ou comprimé, afin de préparer le cerveau du patient à recevoir la publicité de Coca-Cola ou de Gaz de France.

 

  L’addiction de ceux qui font les médias est moins connue et pourtant autrement dangereuse puisqu’elle constitue la cause et la caution de la précédente. Dans cette catégorie, le sujet médiadépendant éprouve de façon obsessionnelle le désir de se montrer, de parler et de faire parler de lui. Peu importe le sujet, peu importe le sens, le malade est prêt à tout pour satisfaire son addiction, courir tous les plateaux, retourner sa veste, vendre sa mère ou se livrer à la pétomanie. Pour lui la caméra, le micro ou le stylo ont le même usage que la seringue, la pipe ou la cuillère trouée.

 

  Tout comme le drogué qui n’hésite pas à voler le sac des vieilles dames pour obtenir sa dose, le médiadépendant ira voler des idées n’importe où ; ainsi le plagiat du poète St John Perse par Bernard Henri Lévy, ainsi Alain Minc condamné le 29 novembre 2001 pour « plagiat servile et pillage méthodique » Et de même que l’héroïnomane qui se prostitue pour payer son dealer, le médiadépendant accourt dans certaines émissions de radio ou de télévision, faisant ce qu’il faut faire, disant ce qu’il faut dire, astiquant, léchant, pleurant sous les rires de l’assistance et ceci à des heures où des enfants peuvent être à l’écoute.

Chaque jour en effet nous les voyons, chaque jour nous les entendons, il est grand temps de rompre avec la fatalité, nous devons, nous pouvons les aider.

 

  Bien sûr, les comédiens, les journalistes, les animateurs, les hommes politiques, sont coutumiers de cette dépendance ; sans leur ration quotidienne d’exposition médiatique, ils connaissent des crises de manque et des troubles dépressifs qui peuvent entraîner des déchéances parfois sans retour. Mais si cette forme d’ivrognerie est préoccupante, elle est sans commune mesure avec la Médiadépendance aiguë, dont nous parlons, qui se répand de plus en plus dans le monde intello-médiatique .

 On a cité le philosophe Bernard Henri Lévy champion du monde de l’entartage. En effet par sept fois, le Grand Reporter BHL a reçu des tartes à la crème aux cris de « Entartons, entartons, le pompeux cornichon ! ». Mais on songe aussi à Serge July, Philippe Sollers ou Alain Minc, sans pour autant négliger les cas d’André Glucksman, Romain Goupil et Pascal Bruckner, s’écriant le 15 avril 2003 dans le Monde « Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et ses libérateurs ! » (600 000 morts depuis)

 On le voit, les cas les plus touchants sont le plus souvent des personnes qui ont eu leur moment de gloire, des « has been » prêts à tout dans l’espoir de revenir un instant, un instant seulement dans la lumière de la scène médiatique.

 

  Même si les médiadépendants ont des parcours divers, le profil-type serait celui d’un auteur publiant des ouvrages atteignant un succès moyen mais suffisant pour lui faire goûter aux premières griseries médiatiques, un feuillet dans le Courrier Picard, les compliments d’un brave professeur, un passage à France 3, le sourire d’une inconnue. Pas grand chose mais le piège est installé. Tous n’y tomberont pas, mais les dealers veillent. Ils savent que c’est souvent pour retrouver cette première ivresse que beaucoup peu à peu glisseront dans la Médiadépendance totale, sans autre contact avec le monde que la recherche compulsive de la dose quotidienne de média. Pour l’obtenir, le malade multiplie les provocations, les anathèmes, les élucubrations hargneuses. Et c’est en dernier ressort l’insanité  xénophobe et raciste qui lui donnera le plus de chance d’obtenir la plus forte dose de médias. Le but des dealers (des journalistes, des animateurs, des éditeurs) étant d’obtenir le niveau le plus élevé possible d’UBM, (Unité de Bruit Médiatique). En échange ils lui fournissent ses doses de passages télé, d’émissions de radio, d’interviews…

 Mais les ravages de la Médiadépendance ne s’arrêtent pas. Chaque jour exige une dose plus forte. On peut évoquer ici le cas du philosophe et animateur de radio, Alain Finkielkraut qui, en novembre 2005 dans une interview au quotidien israélien Haaretz portant sur les émeutes dans les quartiers populaires en France, fit une véritable overdose. « En France, on voudrait bien réduire les émeutes à des niveaux sociologiques » mais, dit-il péremptoire, « il s’agit d’une révolte à caractère ethnico religieux. » Décontenancés par les propos du philosophe qu’ils rapprochèrent de ceux du Front national, les journalistes israéliens donnèrent à leur article un titre résumant la pensée du philosophe au sujet des jeunes émeutiers « Ils ne sont pas malheureux, ils sont musulmans ».

 Mais Alain Finkielkraut ne s’en tint pas là. Il faudrait tout citer. Voici ce que l’exégète d’Emmanuel Levinas nous dit de l’équipe de France de football : « On nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle est « black, blanc beur », en fait aujourd’hui elle est « black, black, black », ce qui fait ricaner toute l’Europe. Si on fait une telle remarque en France, on va en prison ».

 Tollé, scandale !

 Sulfureux et persécuté, Finkielkraut est partout en quelques heures. Radio, télé, presse, se déchaînent. L’encre coule, l’audimat grimpe. Alain, fiévreux, caresse une planisphère, jusque sur le moindre îlot perdu au milieu du Pacifique on parle d’Alain Finkielkraut. En bien ou en mal ? Pour le médiadépendant cette question n’existe pas. C’est lui qui existe. Et qui n’existe plus que par les médias.

 Sans vouloir ternir son mérite, on doit à la vérité de souligner qu’ il n’a fait qu’appliquer la vieille recette de Jean-Marie Le Pen, qui a démontré que l’on peut devenir durablement célèbre dans les médias, non pas grâce au travail ou à l’intelligence,  non pas grâce à la maîtrise de l’art ou à l’exercice de la Vertu, non pas grâce à la beauté ni même à l’argent, mais simplement en prononçant deux ou trois petites phrases abjectes (« point de détail », « Durafour crématoire » ou encore « l’occupation allemande pas si inhumaine que ça »).

 Un modèle inégalé pour les médiadépendants qui à leur tour ont recours à ce procédé pour obtenir leur dose. Ainsi, tout récemment, Georges Frêche l’ancien maire socialiste de Montpellier, s’est inspiré d’Alain Finkielkraut pour regretter que l’équipe de France de foot compte « neufs blacks sur onze », alors que « la normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre » et concluant « j’ai honte pour ce pays, bientôt il y aura onze blacks ». Sans obtenir un score aussi élevé que le philosophe, Monsieur Frêche a atteint un taux très honorable d’UBM.

 D’autant que la concurrence était rude notamment avec la concurrence d’un autre médiadépendant multirécidiviste, le comique Dieudonné, qui le 12 novembre au Bourget à la fête du Front National, vint saluer son ami Jean-Marie Le Pen pour lequel il n’exclut pas de voter aux prochaines élections. Dieudonné, un peu oublié ces temps derniers, fit une remontée foudroyante, aux dépens d’autres concurrents moins expérimentés comme un certain Anthony Attal, président de la LDJ, Ligue de Défense Juive, lui aussi venu saluer le vieux leader du Front National. Interdite aux Etats- unis et en Israël parce que trop raciste, la LDJ est une milice sioniste d’extrême droite, impliquée dans une longue série d’agressions. Le MRAP et la LDH, entre autres demandent la dissolution de la LDJ.

 Mais attention : la recette de la petite phrase raciste n’assure pas la notoriété à n’importe qui. Parmi tous les médiadépendants fascinés par l’exemple de Le Pen, on trouve des intellectuels de second plan ou des écrivains comme un certain Alain Soral qui, faute de rencontrer le succès espéré avec ses livres, en est venu a mettre sa plume et ses idées au service du Front National. Ralliement qu’il tente de rendre le plus diabolique possible, sans jusque-là réussir à vraiment attirer l’attention des médias sur sa personne et le message qu’il a à délivrer. Rien n’étant pire que l’indifférence pour un médiadépendant, ne manquez pas si vous croisez cet auteur de lui faire l’aumône de votre indignation et de vos injures, il vous en sera gré.

 Mais autour du Front National, les médiadépendants peuvent être aussi des personnes joviales. Ainsi, Serge Moati, ex-conseiller de Mitterrand, animateur de l’émission « Riposte » sur France 5, qui invitait Jean Marie Le Pen le dimanche 26 novembre une heure et demie durant et qui déclarait au Journal du Dimanche diffusé avant l’émission, qu’il avait trouvé Le Pen « sympathique, marrant et cultivé. Il a quelque chose de ces grands bonshommes que l’Histoire traverse et qui traversent l’Histoire. C’est un peu le Mitterand de son camp »

 

  Pour finir de vous convaincre de l’importance du fléau qu’il nous faut combattre, voici encore deux cas très récents de médiadépendance. Celui de Pascal Sevran, animateur de télévision à la notoriété un peu déclinante, autrefois ami, proche et soutien actif de François Mitterrand, et aujourd’hui ami, proche et soutien actif de Nicolas Sarkozy.

 Il lui aura fallu attendre presque un an pour qu’enfin les médias se décident à s’indigner d’une phrase écrite dans son dernier livre publié en janvier 2006 « La bite des Noirs est responsable de la famine en Afrique ».

 « Et alors ? C’est la vérité, s’écrie Pascal Sevran dans Var Matin, l’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire, il faudrait stériliser la moitié de la planète »

 L’affaire a très vite atteint des sommets d’UBM, et d’ailleurs, a précisé Pascal Sevran, « L’éditeur se frotte les mains ! ».

 

  L’autre cas de médiadépendance sévère est celui de Robert Redeker, professeur près de Toulouse et qui précise d’emblée « Je ne suis pas le nouveau Salman Rushdie » dans le cas ou personne n’aurait eu l’idée de faire le rapprochement. Connu d’un public restreint, le professeur Redeker cherche à s’illustrer dans le courageux courant de lutte contre « l’islamofascisme ». Après la peste brune, c’est la peste verte qui menace. Dans le Figaro du 19 septembre 2006, dans une tribune dont le titre laissait un peu pressentir la réponse « Face aux intimidations islamistes que doit faire le monde libre? » M. Redeker nous faisait part de la mauvaise impression que lui laissait le prophète Mahomet « Chef de guerre impitoyable, pillard massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran », un livre bien peu recommandable selon le professeur Redeker « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué ». Des phrases qui lui auraient illico valu des menaces de mort, a-t-il affirmé en se barricadant chez lui. Là encore, gros succès médiatique. Pour l’heure les enquêtes n’ont pas permis d’identifier les auteurs des menaces si toutefois ils existent. Le professeur, qui bénéficie d’une protection policière, a reçu le soutien de personnalités parisiennes : Alain Finkielkraut, Elisabeth Badinter, André Glucksman, Claude Lanzman, Bernard-Henri Lévy… Beaucoup présentent des cas graves de médiadépendance et tous ont admiré la rapidité de Denis Jeambar, nouveau directeur des éditions du Seuil qui, dés l’annonce de l’affaire Redeker, a coiffé tous ses confrères sur le poteau pour lui faire signer un contrat d’auteur.

 

  On voit à ces quelques exemples l’ampleur de la tâche et la nécessité d’agir tous ensemble avec détermination contre la médiadépendance.

 

 

 

 D’ici là, comme disait Sally Mara en préparant discrètement quelques délicieuses tartes à la crème « Tiens bon la rampe ! »

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Mercredi 13 décembre 2006
Survie Info n° 15 Décembre 2006


Survie sort une nouvelle compilation musicale "Décolonisons !" contre le néocolonialisme et les imaginaires coloniaux
Survie a produit en 2003 une compilation de soutien intitulée « Africa wants to be free ! », un espace de rencontre où 16 chanteurs et groupes de rap et de reggae, venus de France et d’Afrique, dénonçaient la dictature et le néocolonialisme.
Afin de mettre en évidence la filiation entre le néocolonialisme et les pratiques d’antan et de dénoncer la persistance d’imaginaires coloniaux au sein de la société française (débat sur le « rôle positif de la colonisation », discriminations envers les Français « issus de l’immigration »), Survie et plusieurs artistes ont décidé de poursuivre l’aventure et de lancer le projet politico musical « Décolonisons ! ».
« Décolonisons ! » est la rencontre d’artistes d’une dizaine de pays qui entendent porter la parole de celles et ceux qui ne l’ont pas, afin de favoriser un dialogue citoyen de part et d’autre de la Méditerranée.

Sortie dans les bacs en février 2007, et disponible dès à présent à Survie (Prix : 12 euros).
Plus d’infos :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=823

Survie a aussi publié une brochure pédagogique La France coloniale d’hier et d’aujourd’hui :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=792



Actualité
Rwanda. L’affaire Bruguière. Communiqué de Survie le 27 novembre

La France est actuellement engagée dans un bras de fer avec le Rwanda qui a rappelé son ambassadeur à Paris et rompu ses relations diplomatiques avec notre pays.
Á l’origine de cette « crise » se trouve l’enquête du juge Jean-Louis Bruguière (rendue publique le 20 novembre dernier) sur l’attentat contre l’avion de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana […].
De longue date tenue en réserve, [cette enquête] jaillit […] comme en écho des procédures ouvertes devant le Tribunal aux armées de Paris (TAP) à la suite de plaintes de rescapés du génocide visant des militaires français, et de la commission d’enquête rwandaise sur la complicité française avec les organisateurs du génocide.
La France, dont le soutien au régime qui a commis le génocide est avéré, s’en tient à son exercice qui consiste à éluder cette complicité, et à accuser de ce qu’elle aurait pu et dû empêcher, les victimes d’un processus historique dans lequel elle a joué un rôle funeste.
Lire la suite :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=822

Le Dossier spécial sur le Rapport Bruguière, publié dans Billets d’Afrique n° 153 de décembre est aussi disponible sur le site de Survie :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=825



Centrafrique. Ravages de la guerre et intervention directe de la France (Odile Tobner, le 13 déc 2006)
Le 30 octobre dernier une centaine de combattants de l’UFDR (Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement) a occupé la ville centrafricaine de Birao, située près des frontières avec le Tchad et le Soudan, puis rapidement d’autres localités dans la région nord-est. L’UFDR est une coalition de trois anciens groupes armés issus de camp adverses dans le passé. Elle rassemble en effet des ex-libérateurs, alliés au président Bozizé jusqu’à sa prise du pouvoir en 2003, sous le commandement d’ Abdoulaye Miskine, ex-rebelle tchadien et ancien collaborateur de Patassé.
Lire la suite :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=841



A lire
Billets d'Afrique et d'ailleurs n° 153 (Décembre 2006)

Bulletin mensuel d'information alternative sur les avatars de la politique de la France en Afrique, Billets d'Afrique constitue l'un des piliers de la volonté de Survie de mieux informer.
Edito : Panique à bord
Les Occidentaux découvrent avec effroi la présence de la Chine en Afrique, consacrée par un sommet Chine Afrique qui s’est déroulé à Beijing les 4 et 5 novembre derniers, remportant un franc succès auprès des États africains. 48 étaient représentés, dont 24 par leur chef d’État, sur les 53 appartenant à l’UA. […]. On ne compte plus, depuis quelque temps, les appels dramatiques lancés dans les médias français par les experts de tout poil pour sauver les malheureux Africains de l’ogre chinois. Le journal burkinabé San Finna laisse entrevoir des possibilités de revenir à la surenchère de type "guerre froide" comportant des risques de déstabilisation et d’utilisation de la vieille recette des guerres par procuration. C’est ainsi que, de 1960 à 1990, toute entreprise progressiste en Afrique a été combattue, sous prétexte qu’elle était de mèche avec Moscou. Il y avait même une véritable paranoïa des services français là-dessus dans leur chasse aux intellectuels africains tant soit peu critiques, qui ont été étouffés et censurés par tous les moyens.
Lire la suite : 
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=827

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Un juge assassiné, d’Elisabeth Borrel, Flammarion, 2006
Elisabeth Borrel retrace dans ce livre les étapes du long combat qu’elle mène depuis 1995 afin de faire la lumière sur l’assassinat à Djibouti de son mari Bernard Borrel. Documents et révélations à l’appui, elle montre comment la version du « suicide » de son mari a été fabriquée à la hâte, au nom de la raison d’Etat. Un combat exemplaire, que cette femme courageuse a décidé de mener jusqu’au bout.
Elisabeth Borrel n´est toutefois plus seule dans son combat : 170 personnalités ont signé l´appel pour la vérité sur l´assassinat du juge Bernard Borrel.
Voir les signataires :
http://www.syndicat-magistrature.org/Le-combat-continue-pour-la-verite.html



Agenda
Conférence-débat sur le Togo le 14 décembre à Bordeaux
Les associations Survie-Gironde et Oxfam France Agir-ici organisent une conférence-débat avec Me François A. Boko, ancien ministre togolais de l’Intérieur, avocat au Barreau de Paris sur le thème : « Accords politiques et résolution des conflits en Afrique : le cas du Togo ».
Plus d’infos :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=819


Après midi sur l’assassinat du Juge Borrel, le dimanche 17 décembre à Paris
Organisée par Survie-Paris, diffusion du documentaire Révélation sur un suicide impossible de Bernard Nicolas suivie d’un débat avec le réalisateur, Elisabeth Borrel (auteure de Un juge assassiné), Odile Biyidi (présidente de Survie), Jean-Loup Schaal (Association pour le respect des droits de l’Homme à Djibouti), et Anne Crenier.
Plus d’informations : http://www.survie-paris.org/article.php3?id_article=101

Projection-Débat sur le thème "Le pétrole, une malédiction pour l’Afrique ?" le 20 décembre à Lyon
Organisée par Survie Rhône, autour du film Elf, une Afrique sous influence de Fabrice Calvi et Jean-Michel Meurice et en présence de Xavier Harel, journaliste à La Tribune, auteur de Afrique, Pillage à huis clos et de Michel Roy du Secours Catholique, coordinateur français de la plate-forme "Publish what you pay".
Plus d’infos : http://survie.69.free.fr/sommaire.htm
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Mercredi 13 décembre 2006
Margaret Maruani, sociologue, critique une forme d'emploi subie par les femmes :
 
«Le temps partiel est une cause de la dégradation du salariat»
 
QUOTIDIEN : lundi 11 décembre 2006
 
Un «statut» du temps partiel subi pour les femmes. La semaine dernière, Dominique de Villepin a annoncé quelques pistes de réflexion pour améliorer les conditions d'emploi des femmes à mi-temps, qui forment le gros du bataillon des travailleurs pauvres. Le Premier ministre évoquait notamment un «accès prioritaire» aux emplois à temps plein qui se créeraient dans leurs entreprises. Ou, pour favoriser leur accès à la formation, une «exemption» du coût de la validation des acquis par l'expérience (VAE). Le temps partiel qu'on dit «subi» est en effet essentiellement concentré sur des métiers très féminisés, peu ou pas qualifiés : femmes de ménage, ouvrières du nettoyage, caissières, assistantes maternelles, aides familiales. Enfin, Dominique de Villepin propose une «compensation» financière pour les heures travaillées tôt le matin, en soirée et la nuit. On ne sait pas trop comment le Premier ministre débrouillera le temps partiel «choisi» du temps partiel «subi», mais ces sujets seront discutés avec les partenaires sociaux lors de la Conférence nationale sur l'emploi et les revenus, jeudi. Pas trop tôt, semble dire Margaret Maruani, sociologue et directrice de recherche au CNRS. Auteure de Travail et emploi des femmes (la Découverte), elle explique pourquoi, après avoir été encouragé par les gouvernements, le travail à temps partiel féminin ­ et son corollaire, la précarité ­ a été longtemps ignoré des débats publics.
Le travail à temps partiel féminin est-il répandu en Europe ?
 
Il est très diversement répandu selon les pays. Peu utilisé dans le sud de l'Europe, il est au contraire très présent en Europe du Nord et en Scandinavie : aux Pays-Bas, 75 % des femmes sont à temps partiel, contre 31 % en France. Mais quel que soit le pays, les femmes représentent au moins 80 % des travailleurs à temps partiel. En moyenne, plus d'un tiers des femmes et seulement 8 % des hommes, essentiellement des étudiants ou des préretraités, y sont soumis. Ce n'est donc pas la peine d'imaginer que le temps partiel pourrait être une forme de travail égalitaire, qu'il pourrait intéresser les hommes, ça ne s'est jamais vu nulle part. Sur une annonce d'emploi, pas besoin d'inscrire : «Recherche une femme», il suffit de proposer un poste à mi-temps.
Quelle est la particularité française ? 
Dans les années 60, les femmes ont commencé à travailler massivement, avec des contrats à temps plein ­ contrairement aux pays du Nord, où le temps partiel a été une porte d'entrée sur le marché du travail. En France, il s'est développé dans les années 80 avec la crise. Comme remède supposé à la crise. Non pas parce que les femmes l'auraient choisi, mais parce que les politiques publiques ont voulu favoriser cette forme d'emploi. Pendant vingt ans, les gouvernements de droite comme de gauche ont allégé les cotisations sociales pour les entreprises qui embauchaient à temps partiel. Jusqu'à ce que le gouvernement de Lionel Jospin arrête ces mesures, en 2000. La grande distribution, l'hôtellerie-restauration, les services aux entreprises ont embauché massivement à mi-temps. C'est devenu un mode de gestion de la main-d'oeuvre.
Que sous-tendait cette politique ? 
Tout repose sur l'idée, qui ne se disait pas, bien entendu, d'un partage sexué du travail : en remettant les femmes partiellement au foyer, on donnera partiellement du travail à quelqu'un d'autre. Une vision aberrante ; comme si, en mettant une caissière à temps partiel, on trouverait à recaser un sidérurgiste au chômage ! Parallèlement, les employeurs, les pouvoirs publics servaient un discours idéologique sur «le temps partiel comme choix de vie». Le mi-temps comme recette miracle pour concilier vie professionnelle et tâches ménagères. Alors qu'on sait aujourd'hui que les femmes à temps partiel n'ont pas de perspectives de carrière. Une bonne partie des fameux «travailleurs pauvres» est justement constituée de ces femmes. Combien de caissières travaillent pour un salaire équivalent à un RMI ? Et combien d'entre elles découvrent leur horaire chaque jour pour le lendemain ? Le temps partiel est l'un des principaux facteurs de la dégradation du salariat. Un statut extrêmement précaire, parfois plus qu'un CDD. Sans compter que cette forme d'emploi va creuser l'écart des retraites entre hommes et femmes. Alors que les gouvernements ont tenté de réguler les CDD et le travail temporaire, ils ont laissé courir les temps partiels. Parce que ça touchait des femmes.
Quand les méfaits du temps partiel sont-ils apparus dans les discours politiques ? 
 
Très récemment. Il existe une grande tolérance sociale au chômage et au sous-emploi féminin. Les femmes sont victimes d'un surchômage patent, avéré (1), mais on n'en parle que le 8 mars, pour la Journée des femmes. On a commencé à étudier les conséquences du temps partiel quand on a médiatisé le concept de «travailleurs pauvres», il y a quelques années. Que le gouvernement s'empare de cette question est une bonne chose. J'ai été jusqu'à présent très surprise par les débats politiques : il faudrait revenir sur les 35 heures, dit-on, il faudrait pouvoir travailler plus pour gagner plus... et on ne dit rien sur le temps partiel ! C'est intellectuellement très choquant. Mais encore aujourd'hui, il est difficile de parler du temps partiel, qui recouvre des réalités très différentes : aucune comparaison entre la caissière qui travaille 2 heures le matin puis 1 heure en soirée et le mercredi choisi d'une fonctionnaire. Et pour les femmes qui ont demandé d'elles-mêmes un temps partiel à leur employeur parce qu'elles ne pouvaient concilier travail et tâches domestiques, peut-on parler d'un véritable choix ?
 
(1) Le taux de chômage en France en 2005 était de 10,5 % chez les femmes, contre 8,7 % chez les hommes (source : Eurostat).
Par blogos - Publié dans : Féminisme/antipat
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